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Lorélie C :
Quitter le bon poste pour trouver sa place

Comment est venu ton déclic ? 

Pour commencer, je pense que je n’ai jamais imaginé passer toute ma vie dans un même poste. Très tôt, j’ai su qu’à un moment donné, je bifurquerais. Comme une intuition que mon parcours ne serait pas linéaire, et que je serais amenée, un jour, à m'interroger. J’ai suivi le parcours que l’on m’avait toujours présenté comme le bon. Celui qui rassure, celui qui ouvre des portes. J’ai choisi de m’orienter vers des études scientifiques, d’abord en biologie, puis en microbiologie, avec l’envie sincère de contribuer à quelque chose d’utile. Travailler dans le domaine de la santé me semblait être un compromis évident entre sens et stabilité. À l’issue de mes études, j’ai intégré une grande entreprise du secteur pharmaceutique, un environnement porteur et reconnu. Sur le papier, tout était réuni. J’avais obtenu un CDI, je vivais dans mon propre appartement, et j’entrais dans la vie active avec les repères attendus. Mais en enchaînant directement les études et ce premier poste sans transition, je me suis retrouvée très jeune installée dans un quotidien rythmé par une routine qui ne me ressemblait pas : travailler, rentrer, recommencer. Le fameux cycle « métro – boulot – dodo ». Avec le recul, je comprends que j’avais aussi suivi cette voie pour rassurer mon entourage, pour répondre à une forme d’attente implicite. J’avais coché toutes les cases, mais sans jamais m’autoriser à m’arrêter pour me demander ce que je voulais vraiment. Ce questionnement a commencé à émerger plus clairement lorsque j’ai décidé de prendre un congé sabbatique pour partir plusieurs mois seule à l’étranger. Cette expérience a ouvert une brèche. Pour la première fois depuis longtemps, je me suis sentie pleinement vivante, libérée des cadres qui structuraient mon quotidien. Mais à mon retour, j’ai repris mon poste. Et très vite, le décalage est devenu impossible à ignorer. Je ressentais un écart grandissant entre mon aspiration à contribuer à quelque chose qui ait du sens, et la réalité du terrain au sein d’une grande structure pharmaceutique. Le travail était spécialisé, segmenté, intégré dans des logiques économiques complexes, où l’utilité finale devenait abstraite, presque invisible. La période du Covid a amplifié ce questionnement. Comme beaucoup, j’ai été amenée à prendre du recul et à interroger mes priorités. J’ai réalisé un premier bilan de compétences, qui a confirmé une attirance profonde pour les enjeux environnementaux. Ce domaine faisait écho à mes valeurs, à mon besoin de contribuer de manière tangible aux défis de notre époque. Mais à ce moment-là, je n’étais pas encore prête à transformer cette prise de conscience en décision. C’est une autre impulsion qui a pris le dessus : le besoin de repartir. J’ai quitté la France pour vivre un an au Canada. Mais progressivement, j’ai compris que le changement que je cherchais ne dépendait pas uniquement d’un ailleurs. Au contraire, c'était plus une manière de fuir une réalité qui ne me convenait plus. J’ai ainsi réalisé que partir à l’étranger ne répondait pas à mes besoins profonds. **Ce n’était pas un nouveau pays qu’il me fallait, mais un nouveau cap professionnel. **C’est à ce moment-là que j’ai pris la décision d’entamer une transition professionnelle, pour construire un quotidien plus aligné avec mes valeurs et mon besoin d’utilité.

Comment es-tu passé·e à l'action ? 

J’ai commencé par un premier bilan de compétences gratuit avec l’APEC. C’était une manière accessible de faire un premier point. Ce bilan m’a permis de prendre du recul sur mon parcours, et surtout de faire émerger plus clairement mon attirance pour les enjeux environnementaux. Ce domaine faisait écho à mes valeurs, mais à ce stade, cela restait encore qu'une piste à explorer. Mon départ à l’étranger a ensuite prolongé ce temps de recul. Il m’a permis de sortir de mon environnement habituel et de continuer à réfléchir à ce que je voulais vraiment pour la suite. À mon retour, j’ai ressenti le besoin d’aller plus loin dans cette démarche. J’ai alors entrepris un bilan de compétences plus approfondi, cette fois accompagné par une psychologue. Cet accompagnement m’a aidée à revisiter mon parcours, à mieux comprendre mes besoins, et à identifier ce qui était important pour moi dans mon travail au-delà du poste ou du secteur. Pendant cette période, j’ai aussi mené beaucoup de recherches personnelles sur les métiers et les organisations liés à la transition écologique. J’étais particulièrement attentive à la cohérence entre les discours et les pratiques, car je ne voulais pas revivre le décalage que j’avais ressenti auparavant. Je voulais m’orienter vers un domaine porteur de sens, mais aussi vers des structures dont l’engagement était sincère. C’est dans ce contexte que j’ai découvert l’Institut Transitions. Leur approche m’a immédiatement parlé, notamment leur manière d’aborder la transition à la fois comme une évolution professionnelle et comme un cheminement personnel. Le programme Nouvelles Voies correspondait exactement à l’étape dans laquelle je me trouvais : j’avais besoin d’explorer concrètement ce domaine, tout en continuant à questionner mes envies et mon rapport au travail.

...et aujourd'hui, où en es-tu ? 

Ce cheminement m’a déjà permis de franchir une étape importante : m’autoriser à changer de direction et à construire un projet professionnel plus en accord avec mes valeurs. Je suis aujourd’hui dans une phase de transition, où je continue à explorer les différentes manières de m’engager dans le domaine de la transition écologique. Le programme que j’ai suivi m’a permis de mieux comprendre ce secteur, les types de structures qui existent, et les rôles que je pourrais y avoir. Il m’a aussi aidée à reprendre confiance en ma capacité à évoluer, et à voir mon parcours passé avec plus de recul et d’apaisement. Mes prochaines étapes sont de continuer à explorer, de rencontrer des personnes qui travaillent dans ces domaines, et de trouver un cadre dans lequel je pourrai contribuer de façon concrète. Je fais aussi attention à trouver un équilibre entre le sens de mon travail et des conditions qui me correspondent. Je n’ai pas encore toutes les réponses, mais je me sens en mouvement. Avant, je suivais une direction assez tracée. Aujourd’hui, je prends le temps de faire des choix plus conscients, et de construire un chemin qui me ressemble vraiment.

Obstacles rencontrés et leçons tirées 

**Le principal obstacle que j’ai rencontré a été de me retrouver face à beaucoup de choix. **Jusqu’ici, mon parcours avait été assez clair et structuré : les études, puis un premier poste. Je suivais une direction logique, sans trop me poser de questions. Mais au moment de ma reconversion, je me suis retrouvée dans une situation différente, avec de nombreuses possibilités devant moi, et la liberté de choisir. Cette liberté, que j’avais pourtant recherchée, a aussi été déstabilisante. Quand on n’a pas l’habitude de vraiment choisir pour soi, ni de partir d’une page plus ouverte, cela peut créer du doute. Je me suis retrouvée à devoir décider par moi-même, sans chemin tout tracé, et cela m’a demandé du temps. Il y a aussi eu le fait de ne plus avoir un statut aussi clair qu’avant. Être en reconversion ou en période de transition est parfois difficile à expliquer aux autres, et peut aussi créer des moments de questionnement personnel. Cela m’a obligée à me recentrer sur moi-même et à apprendre à faire confiance à mes choix, même quand tout n’était pas encore parfaitement défini. Avec le temps, j’ai compris que c’était normal de ne pas avoir toutes les réponses tout de suite. En avançant, en explorant, en échangeant avec d’autres, les choses sont devenues plus claires. Cette période m’a appris à me faire confiance et à accepter que construire un nouveau chemin prend du temps, mais que chaque étape aide à y voir plus clair.

Quels conseils aurais-tu pour celles et ceux qui souhaiteraient se lancer dans le même parcours ? 

Le premier conseil que je donnerais, c’est de ne pas attendre d’être complètement sûre avant de commencer. Pendant longtemps, je pensais qu’il fallait avoir un plan précis avant de changer de direction. En réalité, j’ai compris que c’est en avançant que les choses deviennent plus claires. Je pense aussi qu’il est important d’écouter ce que l’on ressent. Ce sentiment de décalage, le manque d’envie, l’impression de ne plus être à sa place… Ce sont des signes importants. On a souvent tendance à les ignorer par peur de l’inconnu ou pour rester dans quelque chose de stable. Pourtant, décider de partir quand on ne se sent plus alignée est souvent une étape nécessaire pour retrouver du sens. Une chose que j’aurais aimé savoir plus tôt, c’est qu’une reconversion n’est pas un choix définitif. On n’a pas besoin de trouver la réponse parfaite tout de suite. C’est un chemin qui se construit étape par étape. On a le droit d’essayer, d’ajuster, et même de changer à nouveau. Faire un premier pas aide déjà beaucoup, et donne confiance pour la suite. Je recommande aussi de ne pas rester seule dans cette période. Être accompagnée, que ce soit par un bilan de compétences, un programme ou des échanges avec d’autres personnes, m’a beaucoup aidée. Cela m’a permis de mettre de l’ordre dans mes idées, de prendre confiance, et surtout de passer de la réflexion à l’action.

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